Torchons, serviettes, madras et foulards
Dans le débat sur le foulard islamique, Jack Lang qui, il y a peu, proclamait « Je trouve ces foulards très seyants. Ils mettent en lumière les beaux visages de ces jeunes filles » retourne son veston rose : il vient de prendre, nous dit l’Express, « une initiative apte à rassembler une majorité de députés, (et qui) pourrait restituer au débat politique l’une de ses questions centrales : la laïcité » : interdire en classe tout signe religieux « foulard, croix et kippa » précise Lang.
La kippa, vraiment ? Et l’étoile de David, on l’interdira aussi ou on la tolérera ?
Dans ce cas, il faudra tolérer la croix. Et la main de Fatma.
En revanche, si l’on interdit l’étoile, la croix et la main, il faudra interdire les médailles de la sainte Vierge, bien sûr, et celles des saints.
Et si on interdit tout cela, passera-t-on les symboles bouddhistes ?
Évidemment pas : on les interdira.
Mais alors quid des colifichets satanistes que de plus en plus de jeunes détraqués arborent ?
Interdiction, bien sûr.
Donc, forcément, interdiction, et sans délai, des symboles zodiacaux qui sont un signe de superstition, c’est-à-dire de la forme la plus primitive de la religion. Quant aux pin’s à la gloire des vedettes du cinoche ou du rock, ils relèvent évidemment de l’idolâtrie.
On les interdira donc et, dans la foulée, on interdira, en bonne justice, les amulettes dont les nègres se bardent et les insignes confucianistes ou hindouistes portés par tant d’immigrés asiatiques.
Le difficile va être de faire la différence entre bijou et insigne religieux. La fameuse "clef du Nil" que l’on appelle aussi Ankh ou (faussement) "croix égyptienne" est-elle une simple coquetterie où un signe de ralliement au culte d’Isis et Osiris ?
Autre complication : si les profs sont soumis aux mêmes interdits que leurs élèves, il leur faudra retirer leurs alliances dont le port, selon qu’il est à la main droite ou à la main gauche, révèle l’appartenance religieuse du sujet.
En fait, ce que veut Jack Lang, en bon maçon, c’est que tout le monde "laisse ses métaux à la porte du temple".
Cela suffira-t-il à apaiser les passions ? Pas du tout ! La question ne relève pas de la bimbeloterie. La preuve, Lang propose de baisser kippa et de ne pas mettre les voiles.
Il faut donc aussi réglementer le vêtement.
Ainsi chacun s’accorde à reconnaître une adepte de la tradition catholique dans toute jeune fille vêtue d’une jupe bleue marine plissée à mi-mollet, d’un pull marine à col en V sur corsage bleu ciel et chaussée de trotteurs bleus ou noirs sur chaussettes blanches (loden bleu à col Claudine de rigueur en hiver).
Peut-on interdire le sac à patates islamique comme acte de prosélytisme et fermer les yeux sur l’uniforme du Couvent des Oiseaux ?
Ce serait discriminatoire. Forçons donc les filles de toutes races et religions à arborer l’uniforme des pétasses des cités (pantalon surbaissé, soutien-gorge trop petit de deux tailles, nombril piercé et pompes d’égoutier).
Le plus simple serait d’ailleurs l’uniforme. Il cache absolument tout ce qui pourrait passer pour un signe de particularisme racial ou religieux.
Un genre de longue robe sombre sans ceinture tombant jusqu’au sol et assortie d’un foulard de même (non) couleur ne laissant apparaître que l’ovale du visage ferait l’affaire.
Encore, les injustices de la nature feraient-elles apparaître des inégalités entre les malheureuses affligées d’un visage disgracieux et les veinardes pourvue d’un minois ravissant.
Donc, cachons les visages et imposons le port de lunettes noires ou d’une sorte de grillage textile camouflant le regard pour celles qui ne supportent pas les verres fumés.
Et quand on en sera là, on n’aura pas encore réglé le problème !
Restera le prosélytisme alimentaire.
A la cantine, l’enfant qui refuse de manger du porc proclame son islamitude, celui qui exige du poisson le vendredi sa catholicité, celui qui refuse un beefsteak son appartenance à l’hindouisme, celui qui mange les cafards et les araignées se déclare ouvertement animiste (tendance bushmen).
Tout cela se remarque autant qu’une kippa, une croix ou un voile.
Il faut donc interdire le particularisme alimentaire. Mais pas question, pour autant, de porter atteinte aux libertés individuelles !
Donc, bol de riz quotidien pour tout le monde. Ça fera faire des économies et ça favorisera la lutte contre le diabète et l’obésité des jeunes.
Le lecteur se demande sans doute pourquoi je m’étends aussi longuement sur le sujet.
C’est très simple : je voulais seulement montrer que Jack Lang est un imbécile, les députés qui voteraient un pareil texte des crétins et la laïcité une belle kâhnerie.
Serge de Beketch
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